Les oranges de l´exil
MOUTON-RAIMBAULT (Claude)
8.00 €
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Ces poèmes sur l'Algérie perdue ont été écrits, pour la plupart, sur les hauteurs d'Arette, près de la Pierre Saint-Martin, dans les Pyrénées, alors que l'auteur était toujours contraint de se cacher. Ils se sont achevés avec son arrestation, en 1965. Publiés en 1970 par une maison qui avait cru prolonger son renom en éditant des jeunes de mai 1968, ils furent une pierre de contradiction dans cette atmosphère tumultueuse. 1958 s'opposait à 1968 ! Cependant, il n'y eut pas affrontement, car, en dépit des meneurs et des apparences, il s'agissait d'un même mal profond, s'exprimant différemment. Seulement, si mai 1958 tendait à la reconstruction des libertés chrétiennes à travers l'Algérie française, mai 1968 ne pouvait déboucher que sur l'anarchie et sur la dictature communiste. De Gaulle, ayant enterré celui-ci, avait engendré celui-là.
Epuisées peut-être avant la faillite de l'éditeur, "Les Oranges de l'Exil" sont aujourd'hui rééditées, à la demande de plusieurs personnes. L'auteur aurait voulu remanier, voire corriger, certains poèmes. Finalement, il y a renoncé, par fidélité au passé et à ses amis. Seule la couverture a changé, avec une vue de Constantine.
Le recueil s'ouvre sur une évocation de Charles de Foucauld, les avertissements de l'ermite (Alger), des souvenirs lancinants, des transpositions, des accents d'espérance en un retour en Algérie (A Saint-Michel, Constantine).
Il se poursuit dans la langueur de l'attente (Mon âme languit, En regardant passer la vie), dans des descriptions nostalgiques (La mascotte, O toi Soleil), des témoignages ou des méditations (Notre-Dame de l'Atlas, Le djebel), etc.
Il rend hommage aux "soldats perdus", trahis par le Pouvoir, jetés en prison pour avoir refusé l'abandon (Le prisonnier, Midi, Au légionnaire). Le bordj est une évocation plus personnelle d'un internement à Ras-el-Aïoun.
De Gaulle n'échappe pas, évidemment, dans "La légende du vieil homme", à la peinture. On le reconnaîtra sous les traits sarcastiques du "Minaret" ou dans "L'homme des tempêtes".
L'exode des compatriotes (Aux exilés, L'exilé d'Oran), l'accueil souvent ingrat de la Mère-Patrie (L'ami), les souffrances (Oublier n'est pas possible), etc., se mêlent aux années qui s'enfuient (Sel et poudre, Les sirènes), à la tristesse devant l'effondrement de la France, de l'Eglise, et se prolongent par une prière au Sacré-Coeur, afin d'avoir la force de "tenir jusqu'au soir" (Le réduit).
Mais l'aube se lèvera, les enfants qui sont nés dans l'épreuve seront les hommes et les femmes de demain, le Christ et la Vierge sont là, qui sèchent toute larme et communiquent la sérénité et l'"Amour essentiel" (A Claire B., L'oued, Confiance).
Ce chant se termine par un cri d'espérance pour la France, pour sa vocation, pour son renouveau. La France, "avec ses rails bleus qui vont à Paris", est comparable à une toile d'araignée, "que le frelon noir aime à transpercer, mais dont les fils, fins comme papier bible, pas plus tôt rompus, sont recommencés ainsi qu'un baiser" .
Le recueil d'un Français d'Algérie.