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Epuisé
Lorsque cet ouvrage parut pour la première fois, en 1938, Auguste Bailly le salua ainsi : "Un livre qui nous retrace de Corneille assurément l'image la plus complète que nous possédons".
En effet, le personnage que peint Robert Brasillach prend vie, couleur, relief, comme ces toiles enfumées, noirâtres auxquelles un lavage habile restitue leur fraicheur et leur éclat. On ne sait pas assez que Corneille a été mondain, amoureux, et que ce classique est d'abord un romantique ; cet avocat, un poète lyrique ; cet esclave des règles, le plus indépendant et le plus audacieux des dramaturges. Robert Brasillach montre avec beaucoup de justesse ce qu'étaient les vraies tendances du génie de Corneille, ses directions naturelles et instinctives. Il lui fallait, pour se sentir parfaitement à l'aise, des intrigues enchevêtrées, des surprises, des coups de théâtre ; il lui fallait des cas de conscience singuliers qui lui permissent des discussions, des analyses, des justifications, des plaidoyers. Il lui fallait de l'héroïsme - ce que nous appelons" panache" maintenant - et, surtout, de grands élans du coeur traduits par de resplendissantes effusions verbales. Il lui fallait enfin, pour donner libre cours à ses inspirations, à ce que Robert Brasillach appelle sa féérie, être libre.
Or, le hasard a voulu que l'épanouissement de ce génie coïncidât avec la tyrannique instauration des trois règles. Ces mêmes règles qui ont soutenu la beauté essentielle et unique de la tragédie racinienne, en lui donnant cette miraculeuse et profonde simplicité, imposaient à Corneille une intolérable et terrible contrainte. Il devait se soumettre à l'unité d'action, or, il introduit deux actions dans Horace ; à l'unité de temps, or ses pièces, étant donné les événements qu'elles contiennent, comportent des journées de cent heures ; à l'unité de lieu, et voilà Cinna contraint d'échafauder son complot contre Auguste, dans la salle même du palais où l'empereur vit, médite, travaille. Si on affranchit Corneille de ces chaînes, ou plutôt si on voit son théâtre tel qu'il est, il apparaît alors comme une préfiguration du romantisme.
Lorsqu'on veut bien lire toutes les oeuvres de Corneille, et non pas seulement les plus connues, on découvre, presque avec stupéfaction, l'un des poètes les plus inventifs et les plus variés que la France ait jamais produit. Tout d'abord, dans ses comédies Pierre Corneille évoque ce temps merveilleusement riche que fut l'époque de Louis XIII ; puis, il imagine un monde irréel, volontaire, il se crée un art poétique aussi hautain que celui de Mallarmé ou de Valéry ; enfin, il revient, dans les admirables pièces de la fin de sa vie - trop dédaignées - à la tendresse et à l'amour. En même temps, on découvre dans le livre de Brasillach des vues politiques chez Corneille étonnamment modernes, et un poète lyrique et religieux.
Mais à travers son oeuvre se découvrent aussi une époque, pittoresque, amusante, pleine de grandeur et de vie, et un homme. Parce que sa vie fut relativement paisible, on a trop négligé certains aspects de Pierre Corneille : les deux amours qui ont peut-être continuellement agi sur lui, ses silences, ses étrangetés, ses brusques retraites, toute ce qui fait de lui un être extraordinairement sensible et secret.
Ce livre lie les différentes époques de créations qu'à connues Pierre Corneille aux événements de sa vie personnelle et permet de tirer une psychologie nouvelle du poète. L'oeuvre et l'homme, éclairés par quelques ouvrages trop oubliés, doivent nous apparaître aussi vivants qu'une oeuvre et qu'un homme modernes.