Pierre Boutang
DOSSIERS H (Les)
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Il n'est de vrai hommage pour un philosophe que celui que l'on rend par la pensée. Les titres nous encombrent et la vie nous reste trop complexe pour qu'elle puisse être un exemple. Reste à attendre les fruits de ce que l'énergie de l'esprit a pu produire pour retrouver l'unité nécessaire entre la pensée et la vie, entre la contemplation et l'action. Quand il s'agit d'un philosophe comme Pierre Boutang, la réaction risque d'être réelle et véhémente. D'hommage, il ne se souciait guère, ni pour sa personne ni pour son œuvre, et quand on lui présentait un écrit quelconque sur ses livres, il disait vite "Publiez-le après ma mort !", comme s'il ne reconnaissait dans la pensée que l'effet et le fruit du labeur et non l'auto-délectation ou la volupté d'avoir pensé, publié ou écrit. Le cri de Mallarmé : "Publie !" ne l'aurait incité à la tâche que si l'œuvre eût déjà en elle le bien de la personne qu'elle vise. De titres, alors, non plus, car ses colères justes étaient fortes contre ces professeurs qui étiraient "leurs patronymes au bas des pétitions" comme d'une liste d'"égoutiers", de "manucures" ou du "joueurs de célesta" ! De l'unité enfin, l'obstacle est trop attirant pour ne pas tenter sa nature affirmative et vivante. La pensée ne peut porter ses fruits que si la vie toute entière respire dans cet espace de réflexion, et c'est le résultat des deux qui crée ce qu'on appelle œuvre, quoi que pense Sainte-Beuve ou Proust contre lui, dans leur dilemme. N'étant pas toujours dans "le mystère des choses" pour être des "espions de Dieu", soyons pour un temps plus modestes, des espions amoureux de l'homme et de son œuvre. A. A.