Salazar le regretté.
ROLINAT (Jean-Claude)
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Antonio de Oliveira Salazar, le sévère professeur d'université de Coimbra qui remit de l'ordre dans les finances publiques en 1928, fervent catholique, ascétique et austère, l'homme pour qui un arpent de vigne et une paire de bœufs étaient une richesse suffisante pour un foyer de paysans, n'était pas dénué de pertinence dans ses analyses politiques. C'est ainsi qu'en novembre 1960, devant l'Assemblée nationale de Lisbonne, il jetait un regard lucide et prophétique sur le devenir du continent noir :  
"D'ici quelques années (.) nous assisterons en Afrique à l'un de ces deux spectacles : le progrès paralysé sur de vastes territoires, la ruine totale des économies, la dégradation des populations et l'horreur des luttes intestines (.) à des tentatives ou des expériences de colonialisme international, irresponsable, et pour cela même inhumain, devant lequel le Noir, diplômé ou non, ne sera qu'une unité statistique". Paroles ô combien prémonitoires ! N'est-ce pas le tableau de la situation récente en Angola, au Mozambique ou en Guinée Bissau qui était bien ainsi brossé avec précision il y a 51 ans ? Le rêve d'une communauté lusitanienne multiraciale et pluri continentale s'est évanoui. Au festin de l'Empire portugais, il ne reste plus que quelques miettes, mais quelles miettes ! Les Açores, l'archipel d'eau et de feu, que certains persévèrent à considérer comme la partie émergée de l'Atlantide et Madère, la "perle de l'Atlantique". On ne pourrait rêver d'endroit plus paisible et de fait, la "perle de l'Atlantique" mérite bien son nom.
Salazar et le salazarisme ont donné au Portugal quarante-six ans de conservatisme social mais quarante-six années de stabilité politique. Une décennie de résistance outre-mer, courageuse mais vaine, conduisit le Portugal à une sorte d'impasse. La conscription et l'engagement outre-mer de la jeunesse emportèrent le régime bien plus qu'une contestation sociale ou politique d'un ordre éminemment contre-révolutionnaire. Marcelo Caetano et l'amiral Tomas, gérants du salazarisme sans Salazar, capitulèrent subitement sous les coups de ces jeunes capitaines issus du putsch du 25 avril 1974, très progressistes, qui allaient traîtreusement offrir l'Empire lusitanien d'Afrique aux marxistes angolais et mozambicains. En métropole, les gouvernements se sont succédé d'élection en élection, à la recherche parfois d'introuvables majorités.
Si le Portugal s'est doté d'institutions démocratiques "à l'occidentale" pour se mettre à l'heure de Bruxelles, et a dévolu à ses îles des institutions autonomes pour couper l'herbe sous le pied des séparatistes il connait de nos jours, comme beaucoup d'autres pays européens une très grave crise économique et financière.