Fabienne MONCLAR  Fabienne MONCLAR
"Aussi exécrable que soit l'exercice de parler de soi, lorsque l'on n'est que la fille de son père, je n'ai fait que suivre la voie qui m'était tracée en épousant un officier de Légion, de la promotion "Serment de 14", ce serment que prononça mon père, partant en 1914, en casoar et en gants blancs. Clin d'œil de la Providence, ou encore du merveilleux, me direz-vous ?
Le merveilleux, l'extraordinaire, je l'avais entendu, toute mon enfance, de la bouche des Légionnaires exilés de leur patrie, qui venaient chez nous retrouver la chaleur d'un foyer. Je n'en étais pas rassasiée et l'ai retrouvé dans le parcours de mon beau-père qui commanda le 1er REP. Une autre aventure ! Puis en suivant mon mari dans l'aventure légionnaire, dans les séjours africains où le ciel et les êtres vous mûrissent et comblent votre âme de richesses inexplorées. Comme celles que me contait mon mari, quand il était au loin, engagé dans une guerre où l'on s'était trompé d'ennemi.
Après cela, est-il besoin de vous parler de mes études de Lettres, vite écourtées quand l'absence d'un père, trop tôt parti, vous fait rechercher des petits boulots pour renflouer le foyer ? Car ma mère, elle aussi, avait couru après le merveilleux, en épousant très jeune, un général couvert de gloire, ce qui ne remplit pas la bourse d'une veuve. D'ailleurs, lors d'un entretien d'embauche dans une entreprise familiale, j'eus d'abord une entrevue avec un directeur d'une soixantaine d'années qui me demanda si j'étais de la famille du général Monclar. Puis, ce fut avec le neveu qui, lui, me demanda si j'avais quelque chose à voir avec le joueur de rugby.. Une anecdote qui en dit long sur le "devoir de mémoire" qu'il me fallait accomplir pour réveiller les générations à venir.
Comme vous le voyez, je n'ai rien fait. Je me suis contentée de contempler les autres agir. Ma vie est très banale mais j'ai eu le privilège de côtoyer des êtres fabuleux. Quand on se retrouve dans notre monde anémié, l'on a une terrible envie de le raconter, de le communiquer."