Le purgatoire - Roman
BOUTANG (Pierre)
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Progrès en amour assez lent. Ce titre de Jean Paulhan aurait pu convenir pour résumer la vie de Pierre Boutang. Né au péril de la Grande guerre (1916), brûlant de connaître, de combattre et d'aimer, cette vie eut cependant la vitesse d'une balle. Mais ce n'est pas le même amour qui était en question. Dans ce domaine la lenteur du progrès se paye cher - autour de soi -, et il vient un moment où un homme, vers 1976, s'en rend compte. Le catholique habité par la grâce d'Israël a dénommé cela le Purgatoire et il l'a fait, ce Purgatoire, de son vivant - ce qui est assez osé comme manière de brûler les étapes.
"Sans une métaphysique préalable de l'histoire, nulle philosophie de l'existence ne peut se défendre de l'accusation de tricher avec la réalité humaine", écrivait-il trente ans plus tôt. Ce "roman" au sens des Confessions de saint Augustin pourrait donc servir le prestige d'un pays qui aurait fait de la littérature sa manière de ne pas tricher avec la réalité humaine. La langue, majestueuse, souveraine est aux aguets, dans le murmure de l'enfance, dans la proximité de la mort. Son chant qui s'avère aussi un voyage dans la littérature universelle en est un des plus beaux. "Sans cesse à la proue d'un discours dont on ne distingue que le sillage, son action sur l'époque aurait paru plus nette si seulement il avait accepté de prendre quelque retard sur son propre mouvement." La dure introspection à laquelle il se livre est sévère car elle façonne notre jugement moral, sans conférer cette "satisfaction âpre et secrète de se sentir foulé aux pieds par la fortune", dont parlait Machiavel. Le verdict est certain, répété en appel, mais la grâce et le "désentravement de l'âme" sont à ce prix. S'il s'agissait d'une conversion c'est à celle du lecteur que l'on pourrait assister.