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N° 800 - Décembre 2023 : Notre numéro 800 !

Référence : 130401
Date de parution : 12 décembre 2023
EAN 13 : 0000001304015
Nb de pages : 96
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Description

ÉDITORIAL

800

1957. À peine dix ans après la terreur de l’épuration qui laisse la droite nationale exsangue, trois lascars, épurés, réprouvés, que ni la prison ni la haine ni la calomnie n’a réussi à démobiliser, se retrouvent à l’auberge d’Écluzelles « riante localité de la vallée de l’Eure » (1), où les Coston possèdent une jolie propriété. Henry Coston, né en 1910, libéré de prison depuis six ans, à la carrière journalistique déjà impressionnante ; Pierre-Antoine Cousteau, né en 1906, libéré depuis trois ans, « compagnon merveilleux, étourdissant de drôlerie, constant dans ses affections et d’un grand courage physique » (2), directeur du sulfureux Je suis partout pendant la guerre ; Michel de Mauny, né en 1915, militant, journaliste (GringoireLa Gerbe, Écrits de Paris, etc.). Après un souper qu’on imagine bien arrosé, nos trois compères décident de sauver la France ! Et voici en mars 1957 le numéro 1 de Lectures Françaises, revue de 16 pages en petit format (11,5 cm x 18 cm) avec un éditorial de Pierre-Antoine Cousteau dont la plume caustique est un véritable feu d’artifice pour les neurones et de très nombreux articulets toujours finement ciselés, spé-cialités d’Henry Coston, et qui ont fait sa gloire d’archiviste.

Imaginaient-ils que ce premier numéro lancé un peu comme un pari de fin de soirée serait suivi de tant d’autres, jusqu’au numéro 800 de décembre 2023 ?! Et si la forme, et si la couleur, et si la présentation ont bien changé en 66 ans, le fond et l’esprit demeurent les mêmes. 80 pages de plus (en accueillant sous ses couvertures notre petite revue Lecture et Tradition), d’abondantes illustrations, des collaborateurs plus nombreux mais toujours aussi compétents, deux changements de direction : en 1977, Jean Auguy, fondateur de Chiré, reprend le flambeau qu’il passe ensuite à son gendre, François-Xavier d’Hautefeuille en 2010, fier de poursuivre le combat de Coston :

« Nous l’avons dit bien souvent : Lectures Françaises n’est l’organe d’aucun parti, d’aucune coterie. C’est une revue indépendante de documentation politique. Non conformiste, elle ne cherche pas à imposer les idées de ses dirigeants et rédacteurs, mais à informer ses lecteurs sur les dessous des cartes. Il s’ensuit que les articles qui paraissent dans ces pages sont écrits en toute franchise, en toute bonne foi. Cela lui valut, dans le passé, maints déboires, le plus grave étant la perte de 30 % de ses abonnés au lendemain du référendum de septembre 1958 parce que Henry Coston, avec une quinzaine d’autres journalistes nationaux, avaient dit “NON !” à celui qui s’apprêtait à brader l’Afrique. » (3). 

De même que l’espoir de Cousteau formulé à la fin de son premier édito anime toujours les équipes qui se succèdent dans notre comité de rédaction :

« Il est bien exact, en effet, que dans l’état actuel de nos mœurs, des critiques jus-tifiées constituent en soi une exagération. Mais j’ai encore la naïveté de croire que si cette sorte d’exagération perçait l’écran de fumée de la grande presse reptilienne le Système n’y survivrait pas. » (4) 

Mickaël SAVIGNY

1 et 2 – «?Réflexions personnelles autour d’un livre sur Cousteau?», article d’Henry Coston, Lectures Françaises n° 449, septembre 1994.

3 – Lectures Françaises n° 238, février 1977.

4 – « Le pamphlet est à droite », éditorial de Pierre-Antoine Cousteau, Lectures Françaises n° 1, mars 1957. Il est décédé le 17 décembre 1958, très rapidement après la création de notre revue, à qui il a confié son ultime papier : « Petit portrait du “Figaro” » pour le numéro 19-20 d’octobre-novembre 1958.

Critique du libraire

Recension de Nouveau Présent 12 février 2024 :

"Raison de plus pour soutenir celles de ces publications qui se battent pour maintenir un lien de qualité avec leurs lecteurs : Lectures françaises, par exemple, qui vient de dépasser le cap des 800 numéros, soit 800 mois de parution. C’est une sorte de record, car ce type de revue, où le bénévolat a une large place, tient souvent par la volonté d’un seul homme ou d’une équipe réduite". Agathon

SOMMAIRE

- Éditorial (par Mickaël Savigny) (p. 1)

- Les brèves (p. 3)

Entretien

- De la Révélation à l’apostasie. Entretien avec Alain Pascal (propos recueillis par Sylvain Durain) (p. 5)

Le mondialisme en marche

- Retour sur l’abaya : ce qu’elle cache (par Claude Beauléon) (p. 13)

Géopolitique

- Les conséquences du génocide qui se déroule à Gaza (par Philippe Prévost) (p. 20)

Actualité

- Synode sur la synodalité : une machine révolutionnaire (par Roberto de Mattei) (p. 23)

Études

- La malédiction de l’égalité (par Jean-Baptiste Geffroy) (p. 27)

Actualité

- L’actualité en bref (par Joseph Rabany) (p. 35)

Fin du rodéo pour Mgr Strickland - Vers la constitutionnalisation de l’avortement ?

Études

Laudate Deum (par le père Jean-Dominique O.P.) (p. 37)

Causeries politiques

- Liberté – ÉGALITÉ – Fraternité (14e causerie) (par le père Jean-Dominique O.P.) (p. 44)

Le dossier du mois

- Au fil des « routes de la soie », le tissage des Évangiles (par l’abbé Louis-Marie Buchet) (p. 48)

Dans notre courrier

- Journaux, revues, lettres, activités associatives… (par M. S.) (p. 65)

Devoir de mémoire (par Louis Gravêthe) (p. 69)

Marie-France de Saizieu - Geneviève de Ternant (Jeanne Vincent, dite) - Laurence Maugest.

LECTURE ET TRADITION

Fondée en 1966 par J. Auguy et fusionnée dans Lectures Françaises en 2021

Entretien

- Un manifeste royaliste pour le XXIe siècle. Entretien avec Paul de Lacvivier (p. 73) (propos recueillis par Maria de la Selva)

Actualité religieuse

- In memoriam Sœur Josefa Menéndez (p. 78)

Culture

- Les cadeaux de Tante Anne (p. 82)

- La vie des livres (par I. C., Claude Jacque et L. G.) (p. 84)

- Défense de notre patrimoine : «Pèlerinage de Compostelle : le Camino frances en Espagne» (3e partie) (par Olivier Destouches) (p. 88)

- Défense de la langue française : « L’imposture de Villers-Cotterêts » (par L. G.) (p. 92)

- La petite histoire : «Dernier jour d’un condamné » (par V. Ch.) (p. 93)

- Nos éphémérides (par V. Ch.) (p. 94)

Index (p. 96).

Entretien avec Philippe PREVOST dans Rivarol n° 3598 du 24.01.2024 :

Philippe PRÉVOST : “Les criminels ont toujours intérêt à voir disparaître définitivement leurs victimes”

Le présent vient de loin... Il faut regarder les événements de l’histoire immédiate avec en mémoire leurs origines pour ne pas être tromper par la propagande officielle. Grâce aux livres de Philippe Prévost, nous disposons d’un outil pour comprendre l’origine du complexe conflit israélo-palestinien.

RIVAROL : Nous voyons encore aujourd’hui les conséquences de la déclaration Balfour de 1917. Pouvez-vous revenir sur l’origine de ce texte et sur la vision qu’avait la Couronne Britannique de l’avenir de la Palestine qui était sous domination ottomane au moment de sa rédaction ?

Philippe PRÉVOST : Le génocide que subissent les Palestiniens actuellement est d’une telle ampleur qu’il ne peut laisser personne insensible. Ce n’est pas un drame, c’est une boucherie, et l’on peut s’étonner qu’en face de tels crimes, les dirigeants occidentaux qui sont rentrés en guerre contre la Russie pour défendre l’Ukraine, ne lèvent pas le petit doigt dans le cas de Gaza. Il y a là quelque chose de profondément immoral et de profondément choquant. L’historien ne peut pas en rester là. Il doit essayer de comprendre et, pour ce faire, de remonter dans le passé car, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, le conflit israélo-palestinien ne vient pas de nulle part. Il a sa source dans le passé, un passé d’injustices, de mépris et de haine. Pour le comprendre, il faut remonter à un peu plus d’un siècle. En effet, le génocide actuel a une origine, c’est la déclaration Balfour qui date du 2 novembre 1917.

Lorsque la guerre de 1914 éclata, la Turquie attendit trois mois avant de s’y engager mais à la suite des provocations russes et de la suffisance des Jeunes Turcs, elle prit le parti de l’Allemagne. La Russie jeta dès lors son dévolu sur les détroits, la France et l’Angleterre sur la grande Syrie que ces deux pays se partagèrent en mai 1916 selon les accords Sykes-Picot. Ces accords prévoyaient, entre autres choses, l’internationalisation d’une petite Palestine, c’est-à-dire en fait un condominium franco-anglais sur ce territoire. Mais les Anglais regrettèrent rapidement d’avoir été aussi généreux avec les Français tandis que les sionistes étaient furieux de ce double patronage sur une terre dont ils comptaient bien s’emparer à plus ou moins long terme.

Pour cela, il fallait évincer la France de la Palestine et faire des Palestiniens des étrangers dans leur propre pays au profit des juifs. Tels furent les buts essentiels de la déclaration Balfour. Le premier ne fut pas très difficile à atteindre grâce à Clemenceau qui déclara qu’il ne serait pas « le sacristain du pape aux Lieux Saints », en conséquence de quoi il abandonna nos droits sur la Palestine lors d’une conversation avec LLoyd George, Premier ministre britannique, le 1e décembre 1918 ; le second fut plus difficile puisqu’ils s’agissait, en fait, d’opérer un remplacement de population. Cela commença très tôt, atteignit son point culminant en 1948 lorsque 7 à 800 000 Palestiniens furent chassés de chez eux sans qu’aucun gouvernement occidental ne proteste. Cela se termine aujourd’hui par le carnage auquel nous assistons sans qu’aucun de ces mêmes gouvernements ne dise mot.

C’est normal, si l’on ose dire, car les criminels ont toujours intérêt à voir disparaître définitivement leurs victimes.

R. : Quels étaient les liens entre le mouvement sioniste et le pouvoir britannique ?

P. P. : C’étaient des liens d’intérêts. Ce sont les plus solides. Les sionistes tenaient absolument à ce que l’Angleterre fût la seule puissance mandataire car ils savaient qu’ils s’entendraient mieux avec une puissance protestante qu’avec la France, pays encore catholique. Ils ne voulaient surtout pas d’un double pouvoir en Palestine de peur de voir entraver leur action.

De son côté, l’Angleterre, après s’être attiré la reconnaissance des juifs dont la puissance était déjà redoutable, surtout aux Etats-Unis, comptait utiliser les sionistes comme chiens de garde pour le canal de Suez. C’est toujours le cas. Mais, aujourd’hui, les Américains, qui ont succédé aux Britanniques, se servent d’Israël afin de sécuriser les pays pétroliers, d’où l’importance des accords d’Abraham et du rapprochement saoudo-israélien. Ces divers accords auraient eu aussi l’avantage d’enterrer pratiquement le problème palestinien tout en constituant un bloc anti-iranien soudé à l’entité sioniste. En somme que du bonheur ! Alors pourquoi faut-il que Ne-tanyaou ait permis l’affaire du 7 octobre ? Pour chasser une bonne fois pour toutes les Palestiniens de chez eux ?

R. : Que représente, au moment des accords de Balfour, la présence juive en Palestine ?

P. P. : Il ne faut jamais oublier que les revendications sionistes sur la Palestine reposent sur des mensonges dont l’un qui a connu une grande fortune au début du XXe siècle : « il faut donner une terre sans peuple à un peuple sans terre ! ».Or, à l’époque, il y avait 680 000 Palestiniens chrétiens et musulmans et 60 000 juifs. Alors comment faire pour « judaïser la Palestine », comme l’avait décrété la SDN lorsqu’elle confia le mandat sur la Palestine à la Grande-Bretagne en 1922 ? Rien ne fut plus simple.

L’Angleterre commença par nommer un haut-commissaire juif en Palestine, sir Herbert Samuel, qui s’entoura de juifs comme lui. Parmi ces derniers figurait Segal Bentwich qui avait écrit un livre : La Palestine aux juifs, ce qui avait le mérite d’être clair puisque cela revenait à dire : les Palestiniens dehors. Ainsi, tous les juifs qui en faisaient la demande reçurent un port d’armes et des munitions. Groupés dans la « special force », ils pouvaient tirer à volonté sur les Palestiniens sans être passibles de poursuites. A cela s’ajoutait la Haganah, milice sioniste fondée par le sinistre Jabotinsky, le maître à penser de Netanyahou. Les Palestiniens ne pouvaient pas se plaindre de leur sort puisque sur les 5 juges de la Cour suprême, trois étaient juifs. Seuls, les juifs pouvaient évidemment immigrer en Palestine. Malgré tout, les sionistes les plus convaincus reconnaissaient qu’à l’avenir les mitrailleuses et les canons anglais étaient indispensables pour mater la population.

Ainsi, ce qui se passe aujourd’hui à Gaza n’est que la suite, en plus terrible évidemment, de ce qui a été mis en place en Palestine dès les années vingt. Rendre la vie impossible aux Palestiniens afin de les obliger à quitter leurs terres a toujours été le but des sionistes depuis plus d’un siècle.

R. : Les Arabes eurent droit à de nombreuses promesses pour participer à la Première Guerre mondiale aux côtés des Alliés. Ce jeu de dupe est-il à l’origine de l’éclatement du monde arabe ?

P. P. : Effectivement, les Arabes ont reçu de nombreuses promesses. C’était en 1915 et en 1916, les Anglais cherchaient à prendre l’empire turc à revers en utilisant le chérif de la Mecque contre son suzerain, le sultan de Constantinople. Les Anglais, jamais avides de belles paroles, surtout lorsque celles-ci ne coûtent rien, promirent la plus grande partie de la Syrie au chérif Hussein alors qu’au même moment ils se partageaient ce territoire avec les Français. D’où les complications surgies après-guerre et l’éclatement de cette région en cinq pays différents : le Liban, la Syrie, l’Irak, la Jordanie et la Pales¬tine.

R. : Quelle a été la place de la France dans l’affaire

P. P. : Il ne faut jamais oublier qu’entre 1914 et 1918, la survie de notre pays s’est jouée en France même. La question du Proche-Orient n’avait donc qu’une importance secondaire. En 1918, si l’on veut être honnête, il faut reconnaître que Clemenceau a sacrifié nos intérêts en Palestine dans l’espoir que les Anglais nous appuieraient en face des Américains, calcul en partie déçu. Comme je l’ai montré par ailleurs, la France, c’est-à-dire François Georges-Picot, a joué une carte qui s’est retournée contre elle. Comme aujourd’hui, elle a voulu jouer en partie la carte du sionisme. Elle a eu tort. L’Angleterre l’a coiffée au poteau. Là où la France promettait aux sionistes de favoriser la création de quelques colonies, la Grande-Bretagne s’engageait à leur fournir un Etat, promesse tenue mais à quel prix ! On le voit actuellement.

R. : Quelle position avait le gouvernement français de Clemenceau vis-à-vis du sionisme ?

P. P. : On peut dire que le gouvernement français dans son ensemble et spécialement Stephen Pichon, ministre des Affaires étrangères, n’était pas favorable au sionisme tel que nous l’entendons aujourd’hui pour une raison simple : il connaissait l’hostilité entre Juifs et Arabes en Algérie. Or, les musulmans étaient nombreux à combattre en France. Il eût été stupide de nous les mettre à dos pour une question qui ne nous concernait pas directement.

En fait, tout a été décidé par Clemenceau directement, sans consulter le gouvernement. Un fait l’atteste. Lors de ce fameux voyage à Londres le 30 novembre et le 1e décembre 1918, voyage au cours duquel Clemenceau brada la Palestine en deux minutes à peine, il aurait dû se faire accompagner par Pichon qui était directement concerné par cette affaire. Or, il avait invité Foch à venir avec lui. Foch était un militaire, pas un homme politique. Il n’avait donc pas à être mêlé à cette histoire. Il ne le fut d’ailleurs pas mais cela montre que Clemenceau a pris bien soin de tenir à l’écart ses collègues car il savait qu’il y aurait des résistances.

R. : Comment Jacques Bainville, qui suivait les questions des traités avec la plus grande attention, analysait alors le choix du gouvernement français ?

P. P. : Encore une fois, le gouvernement français n’a rien choisi du tout. Tout a été fait derrière son dos par les Anglais avec la complicité de Clemenceau. Quand on a commencé à y voir plus clair, Bainville a analysé la situation. Voici ce qu’il a écrit dans l’Action française du 20 décembre 1920 sous le titre : « Les effets du sionisme » :

« L’Osservatore Romano et la Semaine religieuse de Paris ont récemment publié un ensemble de documents sur la situation en Palestine. Le sionisme, soutenu par le cabinet de Londres, y apparaît comme une aventure, alarmante à tous les points de vue. Déjà les incidents ont été nombreux. Ils sont d’abord, bien entendu, de nature religieuse. Le sionisme, aux Lieux Saints, n’a pas l’impartialité des Turcs. Il traite en intrus les représentants des communions chrétiennes. Le haut-commissaire britannique, sir Herbert Samuel, se comporte comme un chef plus religieux que politique. Le “prince d’Israël” — ainsi l’ont surnommé ses coreligionnaires — va prier, le jour du sabbat, à la grande synagogue, acclamé par la popu¬lation juive de Jérusalem. En revanche, le Saint-Sépulcre est un lieu qui lui fait horreur. Au mois de juillet dernier, visitant la basilique, sir Herbert Samuel refusa d’entrer dans le sanctuaire du tombeau. Cette insulte aux chrétiens fut relevée. Le synode des Grecs orthodoxes déposa sur-le-champ le patriarche Damianos en lui reprochant de n’avoir reçu le haut-commissaire que pour essuyer cet affront.

« Un tel incident mérite une attention sérieuse. Il montre à quelles rivalités confessionnelles, susceptibles de dégénérer en luttes plus graves, le sionisme doit conduire. On regrette déjà les Turcs, “le seul peuple tolérant”, disait Lamartine qui, dans son Voyage en Orient, se demandait avec son génie divinatoire, ce que deviendraient les Lieux Saints lorsque leurs gardiens flegmatiques n’y seraient plus.

« Le sionisme allumera sans doute en Palestine une hideuse guerre de religion : encore un de ces progrès à rebours que les traités auront valu au genre humain. L’Osservatore Romano signale, parmi les immigrants juifs qui arrivent en nombre, des fanatiques qui parlent de détruire les reliques chrétiennes. Ce n’est pas tout. Avec la guerre religieuse, le sionisme apporte la guerre sociale. Les juifs venus de Pologne, de Russie, de Roumanie, réclament un partage des terres et l’expulsion des indigènes. M. Nathan Strauss, le milliardaire américain, dit crûment que “les musulmans trouveront d’autres régions pour vivre”. Admirable moyen de réunir, en Asie Mineure et même plus loin, tout l’Islam contre l’Occident.

« Il semble qu’en autorisant et en protégeant des expériences aussi dangereuses le gouvernement britannique perde la tête. La proscription du français en Palestine (Sir Herbert Samuel ne reçoit plus aucune réclamation dans notre langue) est-elle un avantage suffisant pour compenser l’irritation et le soulèvement du monde islamique ? Le lieutenant Jabotinsky, l’organisateur de la Légion juive, emprisonné par le général Allenby et libéré par le haut-commissaire, déclarait récemment au Times : “Le gouvernement juif en Palestine sera le symbole de la coopération anglo-israélite et un centre d’influence pour les sentiments favorables aux intérêts britanniques parmi tous les israélites répandus dans l’univers”. Assurément, il y a cette idée dans la politique sioniste du cabinet de Londres. Quel plat de lentilles, si l’on songe à l’immense dommage qui résultera pour l’Angleterre de l’hostilité des peuples musulmans ! Les Grecs à Smyrne, les Juifs à Jérusalem : on a rarement, et avec autant d’imprudence, préparé plus vaste incendie ! »

Bainville, comme à son habitude, avait tout prévu. Depuis 1948, nous sommes les témoins des incendies successifs allumés par les sionistes au Proche-Orient... et ailleurs.

R. : Pour revenir à notre époque, vous avez consacré un magistral article sur les conséquences du génocide qui se déroule actuellement à Gaza dans Lectures Françaises. Le plan de guerre israélien est-il de chasser de manière définitive les Palestiniens de leur terre ?

P. P. : C’est évident. En théorie, les buts de guerre des Israéliens sont de libérer les otages et d’éradiquer le Hamas mais alors pourquoi Netanyaou a-t-il refusé de prolonger la trêve qui permettait d’en libérer chaque jour un certain nombre ? En outre, les bombardements tuent surtout des femmes et des enfants et relativement peu de combattants du Hamas. Ceux-ci sont éliminés dans des opérations ponctuelles.

En réalité, ce que veulent les Israéliens, c’est obliger la population à partir “spontanément” comme en 1948, d’où la politique de terreur pratiquée par les sionistes à Gaza. Dès le 10 octobre, le contre-amiral Daniel Hagari, porte-parole officiel de Tsahal, disait au Haaretz : « Nous sommes en train de jeter des centaines de tonnes de bombes sur Gaza, le but est de tout détruire, pas d’être précis ». Par ailleurs le général Yoav Gallant, ministre de la Défense israélien, déclarait : « J’ai ordonné un blocus total de la bande de Gaza. Il n’y aura ni électricité, ni nourriture, ni essence. Tout sera fermé. Nous sommes en train de lutter contre des animaux humains et nous le ferons par rapport à cela. » De son côté, Nissim Vatresi, vice-président de la Knesset, disait : « Maintenant, nous avons tous un objectif commun : effacer la bande de Gaza de la surface de la terre », tandis que, dans un courriel sur X, Aryeh yitzah King, maire adjoint de Jérusalem, appelait l’armée israélienne à « enterrer vivants » les civils capturés par les militaires à Gaza. Le ministre du Patrimoine demandait à ce que l’on envoie une bombe atomique sur ce territoire, façon juive de régler le problème !

De leur côté, Ben Zvir et Smotrich, deux poids lourds du gouvernement israélien, réclament à cor et à cri l’expulsion de tous les Palestiniens. D’où les conversations qui n’ont pas encore abouti avec l’Egypte, la Jordanie, le Congo, le Canada, l’Union Européenne... mais les sionistes ne désespèrent pas d’arriver à une Palestine sans Arabes comme les nazis étaient arrivés à une Allemagne sans Juifs. Ce rêve sioniste ne date pas d’hier. Déjà, dans les années 1920, Zangwill, un théoricien du sionisme, écri¬vait dans son livre, La voix de Jérusalem, qu’on devait prier les Palestiniens de “décamper” et que, s’ils ne le faisaient pas de bonne grâce, il faudrait employer la force : « Un peuple chassé une fois de son pays, ne peut y rentrer qu’à la pointe de l’épée et cela est même impossible pour un peuple dissé¬miné, à moins que l’épée ne soit celle d’un ami puissant ». Zangwill pensait à l’Angleterre évidemment. Aujourd’hui, l’Angleterre a cédé la place aux Etats-Unis qui ont livré à Israël toutes les armes nécessaires afin de tuer un maximum de Palestiniens.

Ce génocide obéit à un plan d’épuration ethnique prévu par le plan Feiglin, ancien vice-président de la Knesset, en 2014. L’affaire du 7 octobre — dont la genèse est très louche, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque les politiques israéliens s’opposent farouchement à Tsahal qui voudrait une enquête sur ces événements —, a été l’occasion de mettre en application ce plan qui est un plan religieux comme l’a dit Ne-tanyahou le 28 octobre dans un discours destiné à galvaniser les Israéliens et à leur faire admettre le génocide. Dans une lecture littéraliste de l’Ancien Testament, il leur a rappelé l’injonction divine au roi Saül : « Il faut vous souvenir de ce qu’Amalek vous a fait ». Yahvé ordonnait alors à Saül de tuer tous les hommes, les femmes et les enfants amalécites. Depuis, les juifs ont toujours été fidèles à ces injonctions.

C’est ainsi que, depuis 75 ans, on constate que, par un nettoyage ethnique systématique, Israël s’empare des terres en Cisjordanie. Assassinats, bétonnage des points d’eau, destructions de cultures, arrestations arbitraires, descentes de police de jour et de nuit, attaques de colons dont on ne trouve évidemment jamais les auteurs, sont le lot quotidien des Palestiniens. On espère que, lassés, ceux-ci abandonneront leurs terres et partiront à l’étranger. Ces actions sont coordonnées par la « division des colonies », organisme placé sous l’autorité de Smotrich, ministre du Budget, sioniste fanatique.

Ainsi, que ce soit à Gaza ou en Cisjordanie, la politique d’épuration ethnique est différente dans sa forme, mais c’est la même dans le fond. C’est une politique ouvertement génocidaire en vue du Grand Remplacement. C’est pourquoi le combat des Palestiniens est le même que le nôtre.

R. : Pour vous, nous sommes à un point de rupture dans les relations internationales ?

P. P. : Après la plainte que l’Afrique du Sud a déposée contre Israël, Netanyahou a dit : « C’est le monde à l’envers », mais à l’envers contre quoi ? Contre l’« ordre international » créé par les sionistes après la Deuxième Guerre mondiale qui interdisait toute critique contre le « peuple élu » qui pouvait massacrer, expulser, voler les Palestiniens à plaisir : toute critique en Europe était interdite et les contestataires condamnés immédiatement. RIVAROL qui a toujours défendu les Palestiniens en sait quelque chose !

Ce qui se passe actuellement devant la Cour internationale de Justice est effectivement une révolution. Quel que soit le verdict, le seul fait pour l’Afrique du Sud d’avoir accusé Israël du crime de génocide, mot réservé jusqu’alors, est un exploit. Il marque la fin d’une époque d’apartheid, celle ou la shoah servait à neutraliser et à culpabiliser toute défense de la société. Maintenant, quand on dit shoah on pense à Gaza et lorsque l’on dit Bibi, on pense à nazi, ça, c’est le monde à l’endroit.

Comme le disait récemment Julien Dray, ancien député socialiste et cofondateur de SOS Racisme, organisation de délation en France qui n’a jamais dénoncé les crimes sionistes en Palestine : « Pour nous la shoah était une protection universelle ». Depuis la plainte déposée par l’Afrique du Sud, cette protection qui permettait de tuer des Arabes à volonté ne l’est plus tout à fait. C’est un vrai désastre pour nos anti-racistes professionnels parce qu’ils sont démasqués.

R. : La diplomatie macroniste rend la voix de la France inaudible et incompréhensible au niveau du monde arabe. Pensez-vous que ce gouvernement a une véritable ligne dans cette affaire ?

P. P. : Il n’y a pas de gouvernement français pas plus qu’il n’y a de gouvernement américain. Messieurs Macron et Biden sont des marionnettes entre les mains de l’Etat profond. Il n’y a donc pas de logique dans notre politique. Comment expliquez-vous, par exemple, que le gouvernement français accueille de plus en plus d’immigrés, en majorité musulmans, et que, parallèlement, il s’aligne de plus en plus sur la politique israélienne définie par le gouvernement de M. Netanyahou qui est composé de forcenés anti-arabes ? N’y a-t-il pas une petite contradiction dans tout cela ?

R. : Que vous inspirent les prises de positions prosionistes dans le camp de la “droite” dite « nationale et identitaire » ?

P. P. : Du dégoût...

R. : Quelle serait la position la plus juste pour vous dans ce conflit pour un nationaliste conséquent et intelligent ?

P. P. : Dans l’état actuel des choses, tout le monde sait que Netanyahou était parfaitement au courant de ce qui allait se passer le 7 octobre, le territoire de Gaza étant truffé d’espions à tel point que les habitants de ce camp de concentration ne pouvaient bouger le petit doigt sans que les Israéliens ne soient au courant. L’Egypte, les Etats-Unis et le chef de l’opposition avaient prévenu le Premier ministre de ce qui se préparait. Or, celui-ci a retiré des troupes qui surveillaient le camp de Gaza pour les envoyer dans le nord sans raison valable. Il a aussi autorisé une rave-partie provocatrice. Enfin, les services secrets israéliens, qui sont ultra-performants, on doit leur rendre cette justice, prétendent qu’ils n’ont rien vu venir. Bien mieux, la barrière de sécurité érigée à coups de milliards, hérissée de produits technologiques dernier cri, n’a servi à rien.

Devant tant de bizarreries, on devrait se poser des questions. De toute façon, tout homme normal, et a priori tout chrétien, devrait exiger que cesse ce carnage. En attendant, soyons solidaires de ces martyres victimes de la barbarie sioniste.

Propos recueillis par Monika BERCHVOK.

Philippe Prévost : La France et la tragédie palestinienne, Editions Erick Bonnier, 288 pages, 20 euros. La France et la déclaration Balfour, Editions Erick Bonnier, 248 pages, 22 euros. « Les conséquences du génocide qui se déroule à Gaza » dans le n°800 de Lectures Françaises. Livres disponibles sur https ://www.chire.fr/