Lettre ouverte au ministre de l´Education sur ma classe de philosophie
KERALY (Hugues)
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Ce matin-là, pénétrant dans la classe que les programmes scolaires désignent encore sous le nom de "philosophie", j'ai senti chez mes élèves une indisposition. comment dire ? plus brutale, plus épaisse vraiment qu'à l'accoutumée. Depuis belle lurette, monsieur le Ministre, le spectacle des vingt-six corps vautrés sur une lecture, un jeu ou une somnolence d'ilote avait perdu pour moi son caractère de curiosité. Si j'avais cru adroit, au début, d'en tirer à chaud quelques enseignements sur la mystérieuse concordance des attitudes physiques et des dispositions mentales, j'en vins bientôt à plus de sagesse : qu'ils se lèvent d'abord, on reprendra ensuite selon l'urgence et la nécessité. Mais le maître qui crie est perdu. Force m'était bien d'attendre la levée des corps moins endurcis dans leur animalité, ou plus lents à la perte des vieilles habitudes. Dans cette société, où les initiatives élémentaires se comptent sur les doigts d'une main, trois personnes debout font une majorité : le reste finissait par suivre sans trop de fracas.
"Messieurs, vous pouvez vous coucher." Pour beaucoup, la phrase vraiment douloureuse de mon enseignement avait pris fin.