La fin du régime de Vichy
STUCKI (Walter), PERRENOUD
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La Baconnière choisit d'inscrire dans son programme de revalorisation de son fonds patrimonial - comprenant, pour une large part, des livres qui ont jalonné l'histoire de la Suisse à l'intérieur de ses frontières comme au-delà, sur la scène européenne - la réédition d'un témoignage hors du commun susceptible d'éclairer d'un jour particulier cet interrègne (de juillet à septembre 1944) qui vit le gouvernement de la France occupée céder la place aux forces de la Libération.
Walter Stucki (1888-1963), qui publia immédiatement après la guerre ce témoignage, d'abord en allemand, puis très vite en français (à la Baconnière en 1947), fut en effet l'un des diplomates suisses les plus influents de cette période : jugé trop indépendant par ses collègues de Berne, il est délégué en tant qu'ambassadeur auprès du gouvernement français dès 1938, fonction qu'il continuera d'assumer sous le gouvernement du maréchal Pétain, déplacé à Vichy, à partir de 1940, et jusqu'au départ forcé du gouvernement vichyssois sous la pression des forces d'occupation allemande à la fin de l'été 1944.
Bien des années avant la réouverture du débat historiographique quant à l'implication du gouvernement de Vichy dans la politique de collaboration (aux Etats-Unis, puis en France, dans les années 1970), ce "vieux" diplomate nous livre un récit extrêmement serré et évocateur, quasiment heure par heure, de cette fin d'un monde, sans jamais se départir ni de l'objectivité d'un regard cherchant d'abord à éviter le massacre généralisé auquel la situation eût pu conduire - au-delà des clivages partisans donc - ni du courage politique teinté de ruse et de malice nécessaire pour endiguer ces passions tristes.
Fidèle à la tradition de "neutralité active" prôné par la Confédération helvétique pendant ces heures sombres, fidèle également à une éthique protestante de la dignité individuelle particulièrement marquée, son rôle et son engagement de premier plan furent salués par la ville de Vichy, dont il devint citoyen d'honneur au moment de la Libération. Le récit, élégant, malicieux, haletant, et se recommandant d'abord de vertus de transparence et d'équanimité, ramène l'histoire à sa mesure d'humanité : le livre n'est pas sans évoquer des rapprochements avec quelques-uns des monuments du genre, de Premier combat de Jean Moulin (1947) à L'étrange défaite de Marc Bloch (1946), tout en apportant un regard excentré, étranger et étrangeant, sur un épisode marquant de l'histoire de cette période.